24 octobre 2007
Domaine de Bouillerot
Tels sont les jolis noms des cuvées que je vais découvrir aujourd'hui au domaine de Bouillerot. J'ai déjà eu l'occasion d'en boire quelques une grâce à Vins Etonnants, mais je n'avais encore pas eu la chance de rencontrer Thierry Bos, son propriétaire.
Contrairement à beaucoup d'exploitation, le chai n'est pas à proximité des vignes. Heureusement qu'un panneau indique que vous êtes arrivés, parce que vous ne voyez qu'une maison, assez ordinaire. En faisant le tour de celle-ci, je tombe sur un chai repeint à neuf. Je suis bien dans un domaine viticole ;o)
Je trouve finalement Thierry Bos qui m'emmène de suite dans la salle de dégustation. Après une petite discussion qui permet de mieux se connaître, nous passons enfin aux choses sérieuses...
Fruits d'Automne 2004: l'entrée de gamme du domaine (60% merlot, 40% cabernet franc) élevée en cuve. Nez à la fois sur le fruit noir bien frais, mais aussi confit, avec une touche épicée. La bouche est ronde, souple, aux tannins doux et un fruité bien mûr. Finale sur des notes salines, minérales, signature du terroir de Bouillerot (on la retrouvera sur tous les rouges).
Cep d'antan 2006: LE vin le plus surprenant du domaine, et pour cause. Son assemblage
est certainement unique au monde: 1/3 malbec, 1/3 petit verdot, 1/3 carmenère. Et c'est bien du Bordeaux, ces trois cépages étant originaires de la région, et toujours autorisés. Ceci dit, Thierry Bos n'en a pas une grande surface de chaque: la production de cette cuvée est donc assez limitée. La robe est sombre. Le nez est plutôt dans un registre sensuel avec des notes de fleurs (pivoine), de fruits et d'épices. La bouche est ample, riche, d'un fruité intense, avec des tannins encore solides, mais une fraîcheur absolument remarquable (merci, le p'tit verdot!). J'aime beaucoup le côté franc et profondément terrien de ce vin.
Essentia 2003: la cuvée haut de gamme du domaine, élevée en fûts de chêne (10% neufs et 90% de un an). Son assemblage dépend des millésimes. En 2003, Thierry Bos a privilégié une dominante de cabernet franc afin d'avoir un maximum de fraîcheur. Nez complexe sur la figue mûre, les fruits noir confits, le pain grillé et les épices. Bouche ample, sensuelle, aux tannins veloutés, avec une intensité et une fraîcheur qui ne faiblissent pas, de l'attaque jusqu'à la finale. On retrouve dans cette dernière la salinité perçue dans Fruit d'Automne, avec plus de puissance toutefois.
Palais d'Or 2005 (100% sémillon botrytisé, élevé en barrique neuve): robe d'un beau doré, avec des larmes qui coulent lentement sur le bord du verre. Nez sur l'ananas victoria et la mangue. Bouche ample, riche, conjuguant gras et fraîcheur avec une grande classe. Les 160g de sucre résiduel sont à peine perceptibles et la finale élégante est d'une belle persistance. Très beau liquoreux, comparable à un grand Sauternes (c'est d'ailleurs ce qu'avaient fait Bettane et Desseauve avec le Palais d'Or 2003: il faisait partie du Top 5 des liquoreux bordelais). Bravo, Thierry Bos!
Deux jours plus tard, j'ai fait découvrir certains de ces vins à des cavistes bordelais. Ils ont été enthousiasmés. On pourra donc d'ici peu en trouver sur Bordeaux ;o)
Le fameux bouchon dont causait Olif
27 septembre 2007
Vendange de l'acacia au Jonc Blanc
L'acacia, c'est le nom d'une des cuvées du Domaine du Jonc Blanc: auparavant élaborée à partir de 90% de sauvignon et 10% de muscadelle, elle se complétera cette année de sémillon (une nouvelle parcelle a été achetée). Hier, seul les sauvignons ont été vendangés, les autres cépages étant plus tardifs.
Une dizaine de vendangeurs étaient présents pour vendanger cette parcelle de vieilles vignes bordée d'acacias - d'où le nom de la cuvée. Le travail avançait assez lentement parce qu'il y avait pas mal de tri à faire: le raisin était atteint de pourriture noble, mais ce n'était pas vraiment ce que recherchait Franck. Les baies non atteintes avaient un potentiel de 14,5°. Si l'on ramassait les grains botrytisés, on allait se retrouver avec un vin à 20°. Et adieu le vin sec!
Comme vous avez pu le voir, le raisin est mis en cagette afin de ne pas écraser les baies et les faire éclater avant qu'elles soient pressées. Cela permet d'éviter une oxydation prématurée.
L'ambiance dans les vignes était à la fois décontractée et studieuse. Contrairement aux grandes exploitations, pas de contremaîtres qui vérifient que vous avez fait tomber un grain de raisin par terre ou vous font accélérer la cadence. En même temps, tout le monde était concentré sur son travail comme vous pouvez le voir ci-dessous.
Une fois le raisin au chai, qu'est-ce qu'il se passe? Il passe tout d'abord dans un érafloir qui sépare la baie de la rafle. En effet, lorsqu'on presse cette dernière, on obtient des arômes herbacés malvenus dans un vin.
J'ai pris une vidéo de quelques secondes qui permet de voir l'intérieur de l'érafloir:
Et à la sortie celà donne ça:
Le raisin tombe dans une pompe à marc qui pousse le raisin jusqu'au pressoir vertical. C'est un modèle ancien, amélioré par Franck sur deux points importants: il a rajouté un sytème de drainage qui permet de canaliser le jus, mais aussi un programmateur de pressage qui le rend aussi doux qu'un pressoir pneumatique (1.25 bar au maximum).
Afin de refroidir rapidement le jus qui s'écoule, Franck verse un peu de peu de neige carbonique (-80°) sur celui-ci. L'effet visuel est assez spectaculaire:
Le jus pressé va rester ensuite au froid pendant deux jours afin de se clarifier (ce qu'on appelle en jargon un débourbage statique). Puis il sera entonné en barrique pour la fermentation et l'élevage. Mise en bouteille dans deux ans environ...
Franck Pascal, zeBoss
23 mai 2007
La Bette, un Côtes du Roussillon plein de fraîcheur
Il ne sert à rien de m'envoyer des commentaires disant que j'ai fait une fôte d'ortographe. Ma Bette à moi s'écrit bien avec 2 t. Et il n'est pas question de la poirée, célèbre légume cousin de l'épinard à la tige côtelée et délicieuse en gratin. Mais de la barque catalane utilisée par les pêcheurs du Roussillon.
Source: Narbonne Lattitude
Et que vient faire une barque dans ce blog dédié au vin et à la gastronomie? Elle a été choisie comme un symbole du Roussillon, terre de tradition où se côtoient vigneron et pêcheurs. Et a donné son nom à une cuvée du Domaine Donna Baissas. C'est Jeff Carel, père du Morillon et du Saint-Genis déjà vantés sur A boire et à manger qui en a été l'initiateur. Il a choisi trois parcelles distinctes du domaine: une de Carignan en secteur précoce sur un versant Sud voyant la mer; une autre de Grenache versant Est pour une maturation lente; et enfin une parcelle de Syrah en altitude sur un terroir tardif. Afin de vinifier les 3 cépages ensemble, ils furent vendangés le même jour. Suivit une cuvaison courte et un élevage en cuve afin de préserver le fruit de cette cuvée. Après une fermentation malo-lactique tardive (juillet), le vin fut mis en bouteille le mois suivant.
Source: Labri.fr
Si ce vin a la générosité des vins du Sud, il n'en a ni la pesanteur, ni les arômes de fruits surmûris, voire cuits que certains peuvent leur reprocher. Allergiques au cassis, ce vin n'est pas pour vous! Il faut dire qu'il sent ce fruit à plein nez! Pas la liqueur ou la confiture. Non, plutôt le fruit frais, mais aussi le parfum qui se dégage lorsque l'on froisse les feuilles entre les doigts, avec cette petite pointe de fraîcheur balsamique.
En bouche, la fraîcheur évoquée par le nez n'est pas une vaine promesse. On croque dans le fruit avec gourmandise. Il y a du friand et du pulpeux dans cette Bette, avec des tannins doux au départ, un poil fermes en final, qui nous rappellent tout de même que l'on boit un Côtes du Roussillon à 14°...
Servi un peu frais, ce vin sera idéal sur des grillades pour cet été. Mais pour l'hiver, son fruit pourra se marier avec de la biche ou du canard. Une Bette à tout faire, quoi!
Pour les habitants de la région Bordelaise, vous pouvez trouver ce vin chez le Pépère (à côté du Cinécité), au Domaine du Vin (à côté de la gare Saint-Jean), à l'Echoppe des Gourmets (au Bouscat), à la Cave Saint Genès ou chez Gilles (à Bègles). Et très bientôt chez Cousin, place du Parlement. Bref, aucune excuse de ne pas le trouver...
Bordeaux est un peu loin pour vous? Pas de problème: ce vin est aussi disponible sur Vins Etonnants parmi moultes autres merveilles.
21 mai 2007
Château Beauséjour, Montagne Saint-Emilion
Ma rencontre avec ce domaine fut provoquée par une autre: celle avec Laurent Baraou au salon Biodyvin qui se tenait au château Fonroque (ci-dessus). ll me dit qu'il vient de déguster au Château Rol Valentin les vins primeur des domaines conseillés par Stéphane Derenoncourt, et qu'il a flashé sur la cuvée 1901 du Château Beauséjour (Montagne-Saint-Emilion).
Je me rends donc à Rol Valentin à la recherche de cette pépite, et je rencontre Pierre Bernault, le propriétaire avec qui je discute et sympathise. Nous décidons de nous revoir sous peu, au domaine, pour déguster le millésime précédent.
Le Château Beauséjour est une très belle propriété qui surplombe le village de Montagne avec des vignes souvent anciennes exposées au sud. Pierre et Patricia Bernault l'ont reprise en décembre 2004 avec la ferme intention d'y faire un grand vin. Stéphane Derenoncourt les conseille dès les premiers jours d'installation. Ils commencent à faire le tri des vins stockés au chai (les millésimes 2003 et 2004). En vendent une bonne partie au négoce et ne gardent que le meilleur. Cependant, ils comptent faire beaucoup mieux en 2005, et c'est à la vigne que ça se passe.
Labour, engrais vert, désherbage mécanique, ébourgeonnage, augmentation de la surface filiaire, vendanges en vert. Et une chance énorme pour cette première année: une climatologie parfaite pour un grand vin. Aussi, lorsque Stéphane goûte les raisins en septembre 2005, il est bluffé: ça va être énorme!
Au chai, les cuves béton permettent une bonne inertie thermique pendant la fermentation alcoolique. Le marc est ensuite pressé en douceur grâce à un pressoir vertical fonctionnant avec un système hydraulique.
L'assemblage des différents vins a été décidé par Stéphane avant même les vendanges. Aussi dès le décuvage, chaque vin est mis dans les barriques appropriées. 100% neuves pour le 1901, 70% neuves pour le Beauséjour, barriques plus anciennes et cuve pour le second vin, le B de Beauséjour)
Au bout de 14 mois, après dégustation, Stéphane et Pierre décident de stopper l'élevage, estimant que la barrique n'apporterait rien de plus au vin, si ce n'est des tannins plus asséchants. Retour en cuve, embouteillage. Après quelques mois de repos, le vin est enfin à la disposition de l'amateur qui, comme moi, se régalera!
B de Beauséjour 2005: robe pourpre translucide. Nez sur les fruits rouges confits, les épices, et une touche de terre ferrugineuse. Bouche ronde, souple, avec une bonne fraîcheur. Si les tannins sont d'une grande discrétion, la minéralité est bien présente à partir du milieu de bouche et monte crescendo jusqu'à la finale, saline et savoureuse. Loin des vins de compétition, c'est un vin de repas qui apportera beaucoup de plaisir par sa digestibilité.
Château Beauséjour 2005 (70% merlot, 30% cabernet franc): robe sombre et opaque. Nez sur le moka, la réglisse et les épices. Bouche d'une grande ampleur, mûre, charnue et sensuelle. Les tannins sont soyeux et s'affermissent dans une longue finale tout en restant savoureux. Beaucoup de fraîcheur et de profondeur dans ce vin d'un grand équilibre. Très bon vin!
Château Beauséjour "cuvée 1901" 2005 (50% merlot, 50% cabernet franc): robe noire. Le nez est superbe: fruits noirs confits, épices douces, tofee, avec une pointe d'eucalyptus. Bouche de toute beauté, enveloppante et charmeuse. Sa trame d'une grande finesse, sa texture soyeuse n'excluent pas une densité minérale qui emporte tout sur son passage. La finale est un uppercut qui vous laisse coi: un grand vin!
Un Domaine dont on n'a pas fini de parler!
13 mai 2007
Domaine du Jonc Blanc
(Photo Cuisine et Vins de France)
J'ai connu Franck Pascal et Isabelle Carles il y a 3 ans au Château Laroque (où je vis actuellement NDLR). Ceux-ci ont repris une parcelle de sauvignon dont Jacques de la Bardonnie n'avait pas trop le temps de s'occuper. La Brousse est devenu ainsi Les Acacias.
Nous nous voyons depuis assez régulièrement comme par exemple pour la "journée Canard"...
Franck en pleine action
C'est justement pendant que je confectionnais mes cous de canard farcis que nous avons discuté distribution de vins. Et que nous avons décidé de travailler ensemble.
Afin de pouvoir parler au mieux de leurs vins, je suis repassé au domaine pour une visite très professionnelle ;o)
Vous voyez ici des pieds taillés en cordon de royat. Cette taille a permis de juguler de façon radicale l'exubérance productivisite de cette parcelle de vigne. Un peu plus haut dans le domaine, le calcaire à astéries affleure, et là, les rendement sont naturellement plus faibles. C'est cette veine de calcaire faisant le tour de la butte qui donne le nom au domaine: le Jonc Blanc.
Les vignes sont particulièrement soignées (desherbage mécanique, ébourgeonnage, effeuillage, éventuellement vendanges en vert) afin d'obtenir le raisin le meilleur possible. En automne, des céréales sont plantées dans les rangs afin de casser la notion de monoculture liée à la vigne.
Dans le chai, l'inox côtoie le bois. Mais ce dernier prend de plus en plus d'importance. Après un essai satisfaisant sur sa cuvée "Coup de Foudre" (élevé en foudre alsacien), Franck a racheté 4 vieux foudres bourguignons dans lequel il élève une partie de ses cuvées.
Sa cuvée de blanc "les Acacias" et sa cuvée haut-de-gamme "Rubis' sont élevés en barriques bordelaises (225l) ou en demi-muids (300l), ces derniers offrant l'avantage de moins "marquer" le vin.
Mais assez parlé, buvons maintenant!
Le Rouzé 2006 (85% de cabernet sauvignon en pressurage direct + 15% de saignée de merlot): cet hybride entre le rosé et le rouge a une couleur vermillon aux reflets violacés. Le nez évoque les petits fruits rouges et le bourgeon de cassis, avec une touche florale (pivoine). La bouche est ronde, gourmande, avec une petite touche de gaz carbonique qui apporte de la fraîcheur et de la tonicité. Un prototype du vin de soif, friand à souhait. On en redemande!
Les sens du fruit 2005 (65% cabernet sauvignon, 35% merlot): robe rouge sombre. Nez de fruits noirs bien mûrs. Bouche ronde, d'une bonne ampleur, avec des tannins veloutés se durcissant légèrement en finale. Le millésime 2005 a marqué cette cuvée avec une densité et des tannins plus soutenus que les années précédentes.
ClassIK 2004 (50% cabernet sauvignon, 50%merlot, élevage en barrique 12 mois dont 20% de neuves): nez sur les fruits mûrs et les épices. Bouche pleine, mûre aux tannins charnus. Belle profondeur. Finale encore ferme. Carafage indispensable pour profiter aujourd'hui de ce vin.
Rubis 2003 (60% merlot, 40% cabernet sauvignon): robe presque noire. Nez très expressif sur les fruits compotés, le noyau, les épices orientales. Nous ne sommes pas loin d'un Chateauneuf ou d'un Rioja. En bouche, la matière est belle, ample, riche, avec des tannins mûrs et soyeux. Finale imposante même si on peut la trouver un peu "chaude". Un très beau vin assez atypique pour la région qui s'explique par l'effet "millésime".
Prélevage d'échantillon
Je n'ai pas pu regoûté récemment les Acacias, mais je vous en parlerai dès que je l'aurais dégusté. Cette cuvée devrait être disponible d'ici fin juin...
Domaine Nadia Lusseau
C'est Franck Pascal du Jonc Blanc (appellation Bergerac/Montravel) qui est à l'origine de ma rencontre avec Nadia Lusseau. Il m'en a dit tellement de bien que je me suis dit: je DOIS la rencontrer. Et je ne le regrette pas du tout ;o)
Comme Bergerac, l'appellation Duras s'est retrouvée avec l'étiquette "Sud-Ouest" qui regroupe des vins très divers comme le Cahors, le Gaillac, le Fronton ou le Madiran (à plus de 300kms de Bergerac). A tort. Si l'on voulait être honnête, elle devrait plutôt être rattachée au Bordelais puisque les vignes des deux appellations sont parfois distantes de quelques mètres et utilisent des cépages identiques.
Nadia est une jeune oenologue qui s'ennuyait dans un labo et qui a décidé de reprendre fin 2002 une exploitation de 8.5ha. En 2003, il a fallu aménager la propriété afin de pouvoir vinifier et stocker sur place, car auparavant, le raisin partait à la coopérative. Gros boulot aussi au vignoble: diminuer la hauteur des pieds, rehausser la palissage: tout ça pour avoir une surface foliaire plus importante, et donc une meilleure maturité. Poursuivant la logique d'une qualité plus grande, celle-ci a entamé une conversion vers l'agriculture biologique.
Seule à travailler sur la propriété, il est peu de dire qu'elle n'a pas le temps de s'ennuyer: entretien de la vigne, vinification et élevage, mise en bouteille, commercialisation... Cela relève de l'exploit de réussir à tout faire, d'autant que les vins sont vraiment d'une belle qualité!... Dégustation:
Miss Terre 2004 (80% sauvignon, 20% sémillon, vinifié et élevé en barrique): jolie robe dorée. Nez sensuel sur des notes de miel, de praliné, de fruits jaunes bien mûrs et de vanille. La bouche est ample, avec du gras et de la profondeur. Belle persistance sur des notes confites. Difficile de croire que ce vin provient essentiellement du cépage sauvignon tellement on s'écarte de ses parfums habituels!... 
La Miss 2004 (60% merlot, 20% C. Sauvignon, 20% C franc): robe pourpre. Nez sur la mûre, la framboise et les épices. Bouche ronde, pulpeuse, avec des tannins veloutés légèrement plus fermes en finale. Un vin de fruit, de plaisir, parfait avec les plats locaux (confits de canard par exemple).
Miss Terre 2004 (50% Cabernet Franc, 36% Cabernet Sauvignon, 14% merlot): robe sombre. Nez sur le cassis, le cèdre, la truffe et une pointe d'épices et de menthol. Bouche de belle ampleur, alliant rondeur, fraîcheur et profondeur. La matière est noble, les tannins racés. S'il a de la vigueur, le vin s'avère toutefois d'une grande buvabilité, étonnante pour un vin à forte dominante cabernet. Y a pas: la touche féminine, ce n'est pas une légende!
Le Miss Terre 2003, également dégusté, est plus dans la puissance, avec moins de noblesse et d'équilibre, et au final moins de charme. Alors que le 2004 pourra s'accommoder des viandes les plus nobles, le 2003 gagnera à être bu sur des plats plus rustiques (cassoulet, garbure, bourguignon).
Certaines années, Nadia produit également des vins blancs liquoreux, mais il n'y en a plus actuellement à la vente.
11 mars 2007
Château Couronnneau
J'avais découvert le Château Couronneau alors que j'étais responsable d'un magasin bio. Il avait été sélectionné comme "vin du mois" dans le réseau Biocoop. Par curiosité, j'en avais goûté une bouteille et j'en étais tombé de suite amoureux. Du coup, j'en avais commandé une centaine de bouteilles qui furent vendues en quelques jours, car j'en vantais sans cesse les mérites. Il resta jusqu'à mon départ le bordeaux incontournable du magasin...
Aussi pensais-je rapidement à ce domaine lorsque se posa la question de choisir quelques Bordeaux, de préférence ;o) Christophe et Bénédicte Piat répondirent de suite favorablement à ma demande, même s'ils n'avaient pas un besoin impérieux de le vendre dans la région (80% part à l'export). Et l'on décida de se rencontrer :o)
Si le domaine est le plus haut perché du Bordelais (180m d'altitude), il aussi la caractérique d'être le plus à l'Est du département de la gironde. Sur la colline d'en face, on aperçoit le Château des Vigiers, célèbre pour son golf, son hôtel de luxe et son vin... de Bergerac!
Lorsque l'on arrive au pied du domaine, on ne peut qu'être impressionné par la beauté du site. On aperçoit au bout haut d'une majestueuse allée de cyprès un château fort du XVème siècle ayant appartenu à Jacques Cartier et ses descendants durant plus de 3 siècles. Celui-ci fut rénové en même temps que le vignoble à partir de 1994 par Christophe et sa femme. C'est peu de dire que c'est une réussite!
Photo du site de Couronneau
Comme le dit Christophe Piat, losqu'on a un objectif, il faut s'y tenir et ne pas changer de direction en cours de route. Celui des Piat était d'obtenir le meilleur vin possible.
Première étape: le vignoble. Une grande partie fut arrachée puis replantée avec des porte-greffe plus qualitatifs et un drainage du sol. Afin d'obtenir chaque année une maturité optimale (les sols étant très argileux - boulbènes) , il fut choisi de ne replanter que du Merlot, plus précoce que les cabernets. Le choix de l'agriculture bio s'imposa également rapidement, afin d'apporter un meilleur équilibre à la vigne. La vigne est suivie de très près par un technicien spécialisé en viticulture bio et sert de centre expérimental pour de nouvelles méthodes de culture et de protection de la plante. Tous les ans ont lieu d'ailleurs des portes ouvertes destinées aux viticulteurs et étudiants qui veulent en savoir plus sur ces techniques.
Beaucoup de rigueur aussi dans les travaux de la vigne: taille très courte (guyot simple de 4 yeux pour la cuvée haut de gamme), ébourgeonnage et épamprage manuels, vendange en vert si nécessaire, effeuillage. Tout est fait pour avoir un raisin le plus sain et le plus mûr possible.
Deuxième étape: le chai. Entièrement rénové, il allie la tradition d'un bâtiment ancien et la modernité des cuves en inox thermo-régulées. Le raisin subit d'abord une macération à froid, puis fermente à température basse (20-25°) afin de préserver le fruit. Le pressurage se fait avec un pressoir vertical hydraulique. Puis selon les cuvées, le vin est élevé en barrique, en foudre ou en cuve pendant 12 mois.
Le résultat de cette obstination et de cette exigence: des vins d'une qualité rare en Bordeaux sup' qui rafle les médaille d'or dans tous les concours où il apparaît. Mais arrêtons d'en parler et goûtons-les...
Christophe Piat me précise qu'ils ne sont pas au top car mis en bouteilles les jours précédents...
Chateau Couronneau, Bordeaux blanc 2006 (50% sauvignon blanc, 50% sauvignon gris, élevé en cuve): nez expressif sur les fleurs blanches et les agrumes. Bouche ample et fraîche, avec de la rondeur. Christophe m'explique que c'est un vin qui gagne à vieillir car la sauvignon gris met du temps à s'exprimer. Il apporte alors une complexité rare dans les bordeaux blancs...
L'Ecuyer 2004: nez sur la mure et la truffe. Bouche de bonne ampleur, avec du fruit et des tannins légers. La finale est un peu asséchante. Pour Christophe, ça ne s'améliorera plus: cette entrée de gamme est faite pour être bue dans les 2-3 ans sur le fruit et pas pour vieillir.
L'Ecuyer 2005: nez bien mûr. Bouche moelleuse, fruitée, d'un bel équilibre. Finale assez courte. Sympa.
Château Couronneau 2005: beau nez sur les fruits noir bien mûrs et les épices. Bouche ronde, ample, mûre, d'une bonne richesse, avec des tannins enveloppés s'affermissant en final. Quand il aura "digéré" sa mise en bouteille, ce sera un beau vin!
Château Couronneau "Pierre de Cartier" 2005: nez envoûtant entre la crème de fruits noirs, le benjoin et les épices exotiques. Bouche puissante et riche, d'une grande profondeur, avec une matière presque crémeuse. Tannins très bien fondus. Finale noble et puissante: un très beau vin digne des meilleurs vins de la rive droite!
Je suis reparti ravi de cette visite: la propriété est magnifique, les vins d'un rapport qualité/prix renversants et les propriétaires d'une gentillesse et d'un dynamisme qui font plaisir à voir. Que du bonheur!
27 février 2007
Damien Laureau
Longtemps, Damien Laureau est resté pour moi un concept. J'avais lu des description de ses vins, pas mal de louanges, mais tant qu'on n'a pas goûté, difficile de se faire une idée. Et puis lors d'un repas à l'Alchimie avec Olif, j'ai eu l'occasion de découvrir le Bel Ouvrage 2003: bluffé! Jamais je n'avais bu un Savennières comparable, autant par ses notes de roses et d'épices que par son toucher de bouche évoquant le talc, presque impalpable...
Aussi, lorsqu'un ami (vigneron) commun nous a mis en relation, j'ai sauté su
r l'occasion pour le rencontrer. Et je n'ai pas été déçu. Est-ce sa formation d'ingénieur agricole? En tout cas, on sent chez lui une rigueur et une volonté de maîtriser le maximum de paramètres à la vigne et au chai pour arriver au meilleur résultat, à la plus belle expression possible. Toutefois, il a bien conscience qu'il est à la tête d'une entreprise et qu'elle doit être viable économiquement. D'où son choix pour l'instant d'une culture mi-raisonnée, mi-bio, un compromis qui lui permet d'avoir une belle qualité de raisin avec un coût de personnel raisonnable. C'est aussi certainement pour cela qu'il arrêtera sa vigne de rouge du Clos Frémur. Les rendements sont faibles, la qualité juste moyenne, d'où un prix de vente peu élevé ... et une affaire pas très rentable :o(
Nous goûtons d'abord les 2004 actuellement en bouteille.
Genêts 2004: nez tout en finesse sur les fleurs blanches et le silex. Bouche élégante et cristalline, d'une grande limpidité. Finale légèrement corsée avec de l'astringence.
Le Bel Ouvrage 2004: nez sur les agrumes et des notes beurrées et toastées. Bouche ample, avec beaucoup de finesse et une belle intensité aromatique. Finale puissante, marquée par la minéralité.
Nous passons ensuite au 2005, déjà assemblés, mais pas encore filtrés et mis en bouteille.
Les Genêts est un vin d'un bel équilibre, conjuguant puissance et fine acidité. Il faudra le faire vieillir pour apprécier tout son potentiel.
Le Bel Ouvrage est d'une grande ampleur, avec une acidité plus présente et de la puissance à revendre.
Nous avons ensuite goûté les rouges, mais je n'ai pas pris de notes, les jugeant beaucoup moins intéressants.
Je remercie en tout cas Damien Laureau pour son accueil et ses explications sur sa démarche.
La grange aux Belles
La grange aux belles pourrait évoquer une vieille grange perdue au milieu des vignes. Il n'en est rien. En fait, Marc Houtin est installé dans un hangar d'une Z.A. que l'on aperçoit en sortant de l'autoroute. Pour le romantisme, vous repasserez. Mais pour les bons vins, nous sommes à la bonne adresse ;o)
Dès mon arrivée, le tutoiement est de rigueur. Et je suis de suite embauché pour l'aider à caser une palette de cubi. Une panne de batterie de l'élevateur mettra fin à notre activité. Pause forcée, donc. Discussion. Et dégustation.
Pourquoi ne pas commencer par le Vin de Jardin 2006, mis en bag in box le jour même. La robe d'un rouge pimpant incite à la débauche. Le nez est une explosion de fruits rouges. La bouche est accueillante, fraîche et gouleyante. La finale un peu dure détonne. Marc m'explique que c'est un effet momentané du SO2 ajouté à la mise. Dans quelques semaines, la fin sera plus aimable... Le soir même, invité chez Marc, je goûterai la version bouteille de 2005. Que du bonheur, avec ce fameux goût de revienzi ;o)
Nous continuons avec la Chaussée Rouge 2005. Un cabernet franc vinifié en macération carbonique (technique utilisée pour le Beaujolais). Le nez est épatant sur la framboise, le noyau et le poivre blanc. La bouche est gourmande, pulpeuse, aux tannins friands. On se boirait la bouteille...
Place au Princé 2005 (sélection parcellaire de cabernet franc élevé en cuve). On change de registre: la robe est pourpre sombre. Très beau nez sur les fruits noirs bien mûrs, le bourgeon de cassis et les épices. La bouche est dense, mûre, presque moelleuse, et soutenue par des tannins encore fermes mais nobles. La fin de bouche est longue et puissante. Un très bel exemple de ce que peut donner un cabernet franc bien mûr, avec un fruit préservé par l'absence d'élevage en bois.
Nous passons ensuite aux blancs.
D'abord le blanc 2006 (chenin): le nez est le miel et la mirabelle. La bouche conjugue rondeur et vivacité, mêlant un léger gras et un fin perlant. La finale donne une sensation de tannicité. Ce vin est encore en cours de fermentation, mais a déjà un beau potentiel.
Puis Merci 2005 (sauvignon en vendange tardive): le nez est sur la mangue et les fruits blancs confits. La bouche est ronde, fraîche, toute en douceur, avec une be
lle limpidité. C'est fruité, gourmand. Encore un vin qui n'incite pas à la sobriété!
Enfin, la Belle Adorée 2005: beau nez confit sur l'ananas et la mirabelle. La bouche est ample, mûre, confite, d'une grande densité. La matière est à la fois soyeuse, avec du gras et d'une belle fraîcheur. Finale mûre, dense et persistante. Un régal!
Il y a une grande cohérence dans tous ces vins: une volonté de sortir des arômes variétaux, d'avoir une grande buvabilité et de donner du plaisir immédiat et sans prise de tête. Si l'on rajoute des prix doux et un design sympa, on peut prévoir sans difficulté la réussite du domaine dans les prochaines années :o)
Domaine de Bellivière
Il faisait à peu près ce soleil-là lorsque je suis arrivé à Bellivière. C'est dire que c'était rageant de voir une aussi belle lumière et de ne pouvoir la capter via mon appareil. Le sourire bienveillant d'Eric Nicolas m'a vite fait oublier ce petit souci. La première demie heure de rencontre permit de mieux se connaître. Au départ physicien et picard, rien ne le prédestinait à devenir viticulteur, si ce n'est qu'il aimait le vin. Le bon vin. Au point de passer son diplôme d'oenologie à Montpellier. Restait à trouver un domaine pour exercer ses talents. Une dégustation d'un vin de l'appellation Jasnières l'avait interpellé par son expression du terroir. Avec cet avantage que le prix de l'hectare y était abordable. Parfait pour démarrer. Petit à petit, de domaine s'est aggrandi, mettant un pied aussi en Côteaux du Loir. Un gros travail sur les vignes et
le sol a été effectué permettant aujourd'hui d'avoir des rendements peu élevés sans avoir besoin de faire de vendanges en vert. une démarche de certification en bio a été entreprise depuis 2005. Mais Eric Nicolas ne veut pas s'arrêter là. L'étape suivante est la bio-dynamie qui permettra encore plus d'affiner les résultats... Une illustration de la démarche du domaine est cette parcelle de 7 ares plantée en 2000 avec une densité de 40.000 pieds/ha. L'idée est d'observer la relation de la vigne et de son terroir dans une plantation à haute densité. Que voulez-vous? L'esprit scientifique reste...
Nous avons ensuite dégusté les 2005 qui sont pour l'instant encore en barrique
Calligramme (vignes de plus de 50 ans, Jasnières): nez d'une finesse extrème sur le pétale de rose, le miel d'acacia et le poivre de madagascar (pour le côté fin/acidulé/citronné). Bouche délicate, finement grasse avec une trame acidulée toute en dentelle. Belle rémanence en final. Un vin quasi irréel!
Vieilles vignes éparses (vignes de 50 à 80 ans, côteaux du Loir): nez sur les silex) et sur des notes d'agrumes confits. Bouche plus serrée, marquée par la minéralité mais n'excluant pas la finesse. Finale prégnante.
Puis nous avons goûté des assemblages de 2006:
Vieilles vignes éparses: nez sur les fruits blancs mûrs, les épices et la rose. Bouche ample, pleine, avec un joli gras et une fine acidité. Très bel équilibre général. Un futur beau vin.
Calligramme: nez plus primaire (raisin mûr) et fermentaire . Bouche ample, bien ronde avec une sensation légèrement sucrée (normal, il en reste...). Finale astringente. Vin beaucoup moins achevé.
Enfin nous dégustons les vins actuellement en vente...
Effraie 2004 (vignes de moins de 50 ans, côteaux du Loir): nez très "caillouteux". Bouche avec de la rondeur et du moelleux mais néanmoins possédant une grande tension menant jusqu'à une finale profondément marquée par la minéralité.
Les Rosiers 2005 (jeunes vignes, Jasnières): nez sur le silex . Bouche ample, fine, cristalline. Finale marquée par une noble astringence.
Calligramme 2004: nez fin sur la poire confite et le silex. Bouche fine, limpide avec une texture d'un gras subtil. Finale toute en minéralité.
Effraie 2005: nez sur les fleurs et les fruits blancs avec une pointe minérale. Bouche cristalline, élégante, finement grasse. Finale de belle intensité. Ce qui est incroyable, c'est que cette cuvée contient 55g de sucres résiduels quasiment imperceptibles!
Elixir de tuf 2005 (vendanges tardives, Jasnières): nez sur les fruits confits et le miel. Bouche somptueuse, d'une finesse incroyable et d'une texture digne du plus beau taffetas. L'équilbre sucre/acidité est remarquable: les 228g de sucres résiduels sont d'une légèreté angélique. Vous l'aurez compris: un pur nectar!
Rouge-gorge 2004 (100% pineau d'Aunis): nez sur les fruits rouges, la prunelle et le poivre. Bouche d'une grande fluidité avec des tannins un peu asséchants. Finale épicée. Manque d'harmonie à ce stade.
Rouge-gorge 2005 (100% pineau d'Aunis): nez très "pinot noir" sur le noyau et les épices (signe d'une grande maturité d'après Eric Nicolas, le poivre du pineau d'Aunis étant le poivron du cabernet). Bouche plus dense et plus mûre, avec des tannins encore bien marqués. Finale puissante sur les épices.
Hommage à Louis Derré 2005 (vignes de 80 à 100 ans de pineau d'aunis): très beau nez sur les fruits rouges et noirs et des notes épicées. Bouche ample, pleine, harmonieuse. Les tannins encore fermes devraient inciter les personnes pressées à carafer ce vin. Mais quelques années de garde seront tellement préférables...
La conversation a continué ensuite autour de la table avec Christine et Eric Nicolas. Nous avons parlé de vin, de la bio, et de plein d'autres choses encore... Ce fut en tout cas un beau moment de partage :o)











































